BRUNEI DARUSSALAM


BRUNEI DARUSSALAM
BRUNEI DARUSSALAM

L’un des plus petits pays du monde, mais aussi l’un des plus riches grâce au pétrole, le sultanat de Brunei a accédé à l’indépendance le 1er janvier 1984 après avoir été un protectorat britannique pendant quelque cent ans. Longtemps objet de convoitise pour ses voisins, le nouvel État entend désormais gérer son avenir au sein de l’A.N.S.E.A. (Association des nations du Sud-Est asiatique, en anglais A.S.E.A.N.).

Espace et population

Sur la côte nord de la grande île de Kalimantan (Bornéo, 736 000 km2) que se partagent inégalement, au sud, l’Indonésie (539 000 km2) et, au nord, la Malaisie, le sultanat de Brunei, baigné par la mer de Chine méridionale, ne compte que 5 765 kilomètres carrés. L’histoire l’a curieusement coupé en deux enclaves, situées de part et d’autre de la vallée du Limbang et bordées par le Sarawak qui appartient à la Fédération de Malaisie. La partie occidentale de Brunei, la plus étendue, est divisée en trois districts: Brunei-et-Muara, Tutong et Belait. Plaine alluviale, marécageuse, drainée par trois fleuves principaux – d’ouest en est Belait, Tutong, Brunei –, elle se relève vers le sud sans pourtant dépasser 350 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La partie orientale de Brunei forme le district de Temburong, également du nom de son fleuve principal. Plus montagneuse, elle culmine à près de 2 000 mètres au mont Pagon qui se rattache à la chaîne des monts Iran résultant de plissements tertiaires, mais sans volcanisme, au contraire de Sumatra ou de Java. La forêt équatoriale dense et sempervirente couvre plus des trois quarts du pays, excepté dans les régions côtières où des terres ont été défrichées pour la culture.

Situé entre le quatrième et le cinquième degré de latitude nord, donc proche de l’équateur, Brunei a un climat chaud et humide avec une température moyenne de 23 à 31 0C; l’humidité relative varie de 70 à 96 p. 100 avec plus de 2 700 millimètres de pluie bien répartis sur toute l’année.

La population de Brunei, estimée à 270 000 personnes (1990), est en majorité malaise (68 p. 100), mais elle comporte une communauté chinoise (19 p. 100) et des autochtones, les Dayak (6 p. 100), qui appartiennent principalement aux groupes ethniques Kedayan et Bisayas (les Dusun et les Murut étant assimilés aux Malais). Cette population est très jeune: 45 p. 100 a moins de vingt ans. La minorité chinoise est regroupée dans la région pétrolière de Seria, à l’ouest, et dans la capitale, Bandar Seri Begawan. Ville en partie lacustre, un peu assoupie, mais avec des quartiers modernes, celle-ci est construite au fond de l’embouchure du fleuve Brunei et abrite environ 55 000 habitants, soit près du quart de la population du sultanat. L’islam est la religion d’État. La langue officielle est le malais, mais l’anglais est couramment pratiqué, en particulier dans l’enseignement.

Parmi les moyens de communications avec l’intérieur, les rivières sont les plus utilisées. Le réseau routier (1 900 km) se limite à la bande côtière, reliant le port principal, Muara, à la capitale, dont l’aéroport agrandi et modernisé a été inauguré en 1987, puis à Seria et Kuala Belait. Gagner à l’est, par la route, le district de Temburong (dont la capitale est Bangar) est beaucoup plus aléatoire.

L’histoire ancienne: gloire et déclin de Brunei

L’origine de Brunei demeure incertaine. Il apparaît pour la première fois avec quelque certitude comme un des vassaux de l’empire javanais hindouisé de Madjapahit, au XIVe siècle. Au siècle suivant, Brunei, entre-temps islamisé, voit son pouvoir s’étendre à tout Kalimantan, jusqu’à Java et aux Philippines. Son commerce actif avec la Chine est une des sources de sa prospérité, ainsi que le déclin de Malacca, pris par les Portugais en 1511.

Cette période de gloire ne dure pas. Le sultan de Brunei parvient à négocier avec les Portugais, mais il entre dans un conflit épuisant avec les Espagnols qui, de Luçon, veulent conquérir l’archipel des Sulu. Plus tard, Brunei est affaibli par des querelles internes alors qu’à l’est s’affirme un nouveau pouvoir, le sultanat de Sulu, et que la Compagnie hollandaise des Indes orientales étend son influence sur le sud de Kalimantan. L’empire commercial du sultanat s’effrite. Au XIXe siècle, Brunei se trouve réduit à son territoire actuel augmenté de Sabah et de Sarawak. Afin d’obtenir des Anglais une protection déjà plusieurs fois vainement briguée, le sultan Omar Ali Saifuddin II installe, en 1841, un aventurier britannique, James Brooke, comme radjah de Sarawak où s’était développée une rébellion: tentative originale d’utiliser un pouvoir européen en l’enfermant dans une allégeance traditionnelle.

Mais, loin de contribuer à la consolidation de Brunei, le «radjah blanc» va mener une politique d’expansion aux dépens du sultanat en s’appuyant sur des rivalités internes et des rébellions. Espérant contrer l’avancée de Sarawak, le sultan concède alors ses terres de Sabah à un Américain, mais, à la suite de diverses cessions, c’est la British North Borneo Company qui contrôle ce territoire après 1881. Brunei se trouve pris en tenailles entre les ambitions des deux encombrants voisins qu’il s’est lui-même suscités. Sarawak s’agrandit par étapes successives sans que le sultan ait les moyens de s’y opposer.

Le protectorat britannique

En 1888, l’accord de protectorat tant souhaité est enfin signé entre Brunei et la Grande-Bretagne. Pourtant, en 1890, Londres laisse Sarawak, devenu – ainsi que Sabah – protectorat britannique, s’emparer de la vallée du Limbang malgré les protestations acharnées du sultan Hashim. Cette nouvelle amputation, qui tranche le sultanat en deux, met en danger son existence même. Ce n’est qu’en 1906 (après la découverte de pétrole à Brunei) que Londres matérialise le protectorat en nommant à Brunei un résident. Ce dernier, «conseiller» du sultan, a le pouvoir de fait, sauf pour ce qui touche à l’islam. La succession dynastique est garantie ainsi que les revenus du sultan. Au prix de son indépendance, la survie du sultanat est donc assurée: les nouvelles tentatives de Sarawak pour l’absorber échouent. Et la découverte d’un riche gisement de pétrole à Seria en 1929 lui permet de retrouver sa prospérité.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais occupent Brunei (qu’ils administrent avec Sabah et Sarawak) de décembre 1941 à juin 1945 sans y rencontrer de mouvement de résistance comme à Sabah. À partir de 1948, c’est le gouverneur de Sarawak (devenu colonie britannique) et non plus le gouverneur général de Malaisie qui devient haut-commissaire pour Brunei, ce qui ne va pas sans susciter l’inquiétude du sultan. La richesse de Brunei, dont le revenu pétrolier a triplé en 1950, en fait un objet de convoitise. À la même époque, la création du Commissariat général du Royaume-Uni pour l’Asie du Sud-Est (Malaisie, Singapour, Sarawak, Brunei, Sabah) préfigure ce qui sera dans les années 1960 le projet de Grande Malaisie, et provoque certaines spéculations sur une fédération éventuelle des territoires britanniques de Kalimantan.

Montée du nationalisme et rébellion de 1962

L’accession à l’indépendance des pays voisins ne pouvait laisser Brunei indifférent. Le sultan Omar Ali Saifuddin III, monté sur le trône en 1950, prend les devants en annonçant en 1953 un projet de constitution et en organisant des conseils de district, nommés il est vrai. Mais en janvier 1956 se crée un grand parti nationaliste, le Parti du peuple de Brunei (P.P.B.), sous l’égide de A. M. Azahari qui a passé plusieurs années en Indonésie et qui rêve de rétablir le pouvoir de Brunei sur Sarawak et Sabah. Le P.P.B. obtient rapidement une audience populaire. Alors même que la Malaisie devient indépendante (1957), il réclame des élections, la création d’une Fédération des territoires du Nord-Bornéo et l’indépendance. De son côté, le sultan, voulant que le changement, désormais inévitable, ne remette en cause ni son pouvoir ni celui de ses pengiran (aristocratie héréditaire), promulgue en 1959 une Constitution et signe un nouvel accord avec Londres: Brunei reste un protectorat, la compétence du haut-commissaire britannique étant limitée aux Affaires étrangères et à la Défense. Le P.P.B., qui n’a pas été consulté, dénonce l’esprit colonial de l’accord et réclame une démocratie parlementaire.

Lorsqu’en 1961 le Tunku Abdul Rahman, Premier ministre de Malaisie, lance l’idée d’une fédération unissant à la Malaisie Singapour, Sarawak, Brunei et Sabah, la réaction dans les trois territoires du Nord-Bornéo est négative. C’est le P.P.B. qui se fait le champion du refus, alors que le sultan se déclare en faveur du projet. Toutes les demandes et les démarches d’Azahari pour faire prendre en compte les revendications du P.P.B. étant restées vaines, il déclenche une rébellion le 8 décembre 1962. Elle sera vite écrasée grâce à l’intervention des troupes britanniques. Le P.P.B. est interdit: c’est la mise au silence du mouvement populaire et le triomphe du pouvoir absolu du sultan qui, finalement, refusera d’entrer dans la Grande Malaisie afin de conserver le contrôle de ses richesses pétrolières, multipliées par de nouvelles découvertes à Seria en 1963.

L’indépendance redoutée

À la suite de ces événements, et jusqu’à la fin des années 1970, le sultan de Brunei se méfiera des intentions de la Malaisie qui offre refuge aux rebelles en exil et de l’Indonésie qui a soutenu Azahari au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En revanche, il noue avec Singapour, exclu de la Fédération de Malaisie en 1965, les meilleures relations, englobant une coopération militaire.

En 1967, une reprise des revendications en faveur de l’indépendance pousse le sultan à abdiquer en faveur de son fils, Hassanal Bolkiah, qui, à vingt et un ans, vient de terminer ses études à l’académie militaire de Sandhurst. Mais, jusqu’à sa mort, survenue à la fin de 1986, l’ancien sultan conservera une influence décisive. Ce n’est qu’avec beaucoup de réticence, après avoir reçu des assurances de ses voisins malais et indonésien et après avoir obtenu des garanties contre la possibilité d’une nouvelle rébellion (maintien à Brunei d’un régiment de Gurkhas britanniques), que le sultan consent à renoncer en 1979 à la protection britannique et fixe avec Londres l’indépendance du sultanat au 1er janvier 1984.

À peine indépendant, Brunei devient le sixième membre de l’A.N.S.E.A., solide garantie politique vis-à-vis de ses voisins avec qui il entretient désormais d’excellentes relations. Quant à la libéralisation politique tant attendue, elle n’a pas eu lieu. Depuis 1962, l’état d’urgence est en vigueur. La famille royale contrôle le gouvernement: le sultan est Premier ministre et ministre de la Défense, ses frères ont les Affaires étrangères et les Finances. Le remaniement d’octobre 1986 a montré que le sultan entendait par ailleurs faire davantage appel à des technocrates. En revanche, le Parti national démocratique de Brunei, dont la création avait été autorisée en 1985, a été interdit en 1988, sans doute pour avoir réclamé la fin de l’état d’urgence, des élections et une répartition plus équilibrée des revenus pétroliers. Pas de partis politiques donc, mais les huit dirigeants encore emprisonnés, certains depuis 1962, ont été libérés en 1990.

C’est bien en monarque absolu que le jeune sultan entend mener la modernisation de Brunei. Grâce au pétrole, le pays jouit d’une prospérité exceptionnelle. Le revenu annuel par habitant est un des plus élevés du monde: 16 000 dollars environ – chiffre moyen qui ne rend pas compte des disparités. Il n’y a pas d’impôts, l’éducation et les soins médicaux sont gratuits. On recense une voiture pour quatre personnes. Il n’y a, bien sûr, pas de dette extérieure, la balance commerciale étant largement excédentaire. Ce qui permet de parler, au lieu de welfare state , de shellfare state , puisque c’est la Brunei Shell qui est le principal exploitant des hydrocarbures dont elle partage les bénéfices à parts égales avec le gouvernement de Brunei.

Le sultan a été désigné comme l’homme le plus riche du monde. Il s’est fait construire un immense palais (pouvant éventuellement devenir une forteresse), et il a de coûteux passe-temps: par exemple, tirer un Exocet pour le tester in situ. Il a aussi un sens aigu des affaires pour investir à l’étranger les bénéfices pétroliers du sultanat, au point que, grâce aux revenus de ces investissements, ni une crise du pétrole ni l’épuisement des réserves connues de Brunei en hydrocarbures, déjà prévisible, ne paraissent devoir remettre en cause la prospérité du sultanat.

Par ailleurs, le premier souci reste de diversifier une économie trop dépendante envers le pétrole et le gaz naturel qui assurent 60 p. 100 du P.N.B. (Brunei est le vingt-troisième producteur mondial de pétrole et le quatrième pour le gaz naturel). Malgré quelques résultats, les investisseurs n’ont pas vraiment répondu à l’appel. Le VIe plan (1991-1996) a donc mis l’accent sur le développement de l’infrastructure, des services et du tourisme. Il est vrai que le chômage, longtemps ignoré, est devenu inquiétant (6 p. 100 des actifs en 1989). Les emplois dans l’administration, très recherchés, sont saturés. Il faudrait créer 40 000 emplois privés d’ici à 1996. Pour attirer les investisseurs, on s’efforce de former des cadres (création d’une université, recrutement de professeurs étrangers, bourses d’études à l’étranger). La production agricole est faible, Brunei est loin de l’autosuffisance projetée, même pour ce qui est de la pêche, secteur pourtant traditionnel. La production de caoutchouc, autrefois une de ses richesses, a décliné, l’exploitation du bois est contrôlée et son exportation interdite. Le principal partenaire commercial de Brunei est le Japon, suivi par la Thaïlande, Singapour et les États-Unis.

Un des problèmes de Brunei est sa minorité chinoise qui domine le secteur commercial privé. La plupart de ses membres sont devenus apatrides avec l’indépendance et, pour acquérir la nationalité brunéienne, les conditions sont draconiennes. Ne jouissant pas des privilèges sociaux réservés aux Malais, beaucoup de Chinois ont choisi d’émigrer vers l’Australie ou le Canada. Le gouvernement de Brunei contrôle très strictement l’immigration.

Quant à l’islam, qui est à Brunei d’obédience sunnite, le sultan a clairement indiqué qu’il ne tolérerait pas de glissement vers l’intégrisme, différant en cela de son père qui avait été proche des milieux plus orthodoxes.

Le sultan entend moderniser Brunei au rythme qu’il a décidé sans courir le risque d’une déstabilisation. Depuis 1990, une vaste campagne d’endoctrinement a été lancée sur le triple thème d’«identité malaise, islam et monarchie» (Melayu Islam Beraja ). Était-ce par souci de combler le vide politique avec un cadre idéologique cohérent (mais conservateur et mono-ethnique) ou de contrôler l’islam en semblant le renforcer? Brunei veut aussi développer son rôle international jusqu’ici des plus modestes; ses deux priorités sont l’A.N.S.E.A. et la communauté islamique. Brunei est membre de la Conférence islamique, où il soutient la cause palestinienne.

En 1987 déjà, répondant à des offres de rapprochement indonésiennes, le sultan a accordé un prêt de 100 millions de dollars à des conditions très avantageuses à l’Indonésie. Plus embarrassante a été la même année l’aide de 10 millions de dollars apportée aux rebelles de la Contra du Nicaragua à l’instigation des États-Unis. Si le sultan de Brunei considère l’A.N.S.E.A. comme une garantie de stabilité régionale, il envisage néanmoins d’adhérer au Pacte des cinq puissances réunissant depuis 1971 la Malaisie, Singapour, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et, peut-être rendu inquiet par l’annexion du Koweït en 1990, il s’est prononcé à la fois pour l’expansion de ses forces armées et pour le maintien de la présence américaine dans la région.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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